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Portraits des bâtisseurs


Yuho Chang 张玉禾


Yuho Chang 张裕禾
 
 
 

Chang le grand
par Alain Bouchard


Le Soleil, Québec, 15 sept 2007
En pleine canicule de septembre, le petit bungalow de la rue Trudelle, à Charlesbourg, a toujours ses jeux de lumière de Noël accrochées dans les fenêtres d’en avant. « Je suis devenu trop paresseux pour les enlever chaque année », raconte le propriétaire.

Sur le mur principal de ce même bungalow est solennellement encadré un grand poème chinois de l’histoire de ce peuple. Le texte remonte au XIe siècle. Un énorme souffle y est transporté, me dit Yuho Chang. Le texte parle de l’eau du fleuve qui conduit vers la mer, des vagues qui poussent vers ailleurs les grands personnages historiques au passé lointain, d’une grande falaise pourpre au pied de laquelle s’est déroulée la grande guerre maritime des trois royaumes...

Yuho Chang est non seulement un Chinois grand — il fait 1,78 m. Mais il est un grand Chinois... que le gouvernement de Pékin nous a envoyé sans le vouloir, et par égoïsme en plus. Yuho Chang est l’un des grands intellectuels chinois de notre époque.

M. Tremblay de Chine — le nom de Chang est aussi répandu là-bas que l’autre au Québec — refuse de dévoiler publiquement son âge. « Ce n’est pas une chose importante, laisse-t-il tomber tout doucement. Je ne le dis jamais à personne. À mes collègues de l’université, par exemple, je dis seulement que l’âge de la retraite approche. »

Sur le bureau du Chinois se trouve actuellement une œuvre d’Honoré de Balzac, Béatrix, qu’il traduit en chinois. Aussi quelques échantillons du théâtre de Maeterlinck, qu’il traduit également en chinois. En plus de tous ces articles qu’il publie à Shanghai, dans la prestigieuses revue Dialogues transculturels, dont certains sur ce Québec dont il se passionne.

Le grand fleuve Bleu

Yuho Chang est le fils d’un marchand de bois de la province de Jiangsu, traversée par le plus long fleuve d’Asie, le Chang Jiang — 6300 km —, autrefois baptisé fleuve Bleu. Son père achetait et revendait le bois transporté par radeaux sur celui-ci. Sa mère s’occupait des enfants et de la maison, comme les mères québécoises de l’époque.

Les Chinois naissent bouddhistes, comme les Québécois naissent catholiques. « Mais, dit le vénérable Yuho, nous nous nourrissons surtout de confucianisme », le système de valeurs morales du grand maître Kong, devenu Confucius en latin.

Adolescent, Yuho Chang lit le célèbre roman fleuve en 10 volumes de Romain Roland Jean Christophe, prix Nobel de littérature en 1915. C’était alors décidé qu’il apprendrait le français. « La littérature chinoise contemporaine s’est beaucoup abreuvée à celle de l’Europe, dit-il. Et c’est encore plus vrai pour la musique moderne, qui s’est inspirée de la France. » Rien à voir avec les sons des kermesses de dragons et de lampes chinoises.

Les Chinois n’entrent pas à l’université aussi facilement que les Québécois. Ils doivent d’abord se qualifier lors d’un exigeant concours national. Yuho et deux de ses frères y parviennent.Yuho Chang étudie la littérature et la musique au lycée, après avoir été refusé au Conservatoire de musique de Shanghai. À l’université, il s’inscrit en littérature et langues étrangères occidentales. Et il choisit le français... mais après avoir d’abord tenu tête à son orienteur, qui lui conseillait le russe.

Après cinq ans d’études, il devient enseignant à l’Institut des langues étrangères de l’Université de Shanghai. Il fait aussi de la traduction française. Yuho Chang atteint la quarantaine, lorsque Mao Tsé-toung ferme les universités pour envoyer travailler tout le monde aux champs... ou presque.

En 1978, la Chine d’après Mao veut combler le fossé scolaire creusé entre vieux et jeunes par le régime communiste. Il organise un grand concours national pour envoyer les meilleurs étudier différentes disciplines en Occident. Yuho Chang et quatre compatriotes sont catapultés à l’Université Laval parce qu’ils parlent le français. « Nous ne savions rien du tout du Québec, dit-il. À part le fait de la langue. »

La piqûre du Québec

Il y reste deux ans sans sa famille. Puis, il est ramené à Shanghai pour devenir directeur du département de littérature et de langues étrangères. Mais sa piqûre du Québec ne guérit pas. « Venu d’un pays opprimé, écrasé, raconte-t-il, j’avais été touché de voir ce petit peuple capitaliste et démocratique oser néanmoins réclamer encore plus de liberté nationale. »

Quatre ans plus tard, il décroche une bourse de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et vient compléter un doctorat à l’Université Laval... sur le thème de l’identité culturelle québécoise. Cette fois envers et contre sa jeune directrice de thèse, qui lui recommandait plutôt l’identité culturelle chinoise. Il fait venir sa femme et son fils en 1986, avec la laborieuse permission de la Chine. Puis, en 1989, sur l’angoissante pulsion du massacre de la place Tianan Men, il « arrache » sa fille à la Chine. La famille s’installe d’abord à Limoilou, avant de grimper vers Charlesbourg.

Yuho Chang a enseigné à l’Université Laval, à l’Université du Québec à Rimouski, et est maintenant chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. Mais il s’est surtout occupé d’intégration des immigrants.

Ses loisirs se passent un peu dans son jardin et beaucoup dans son bureau. Il y a par exemple écrit un important traité sociologique sur l’identité culturelle québécoise, qu’il désespère de faire publier au Québec.

Son grand rêve est de contaminer la Chine du virus de la modernité québécoise. « Il y a de grandes similitudes culturelles entre nos deux pays, dit-il. Et la Chine pourrait beaucoup tirer profit de la détermination et de l’énergie qui ont fait avancer le Québec. Et alors, avec 1,3 milliard de Chinois derrière eux, les Québécois n’auraient plus jamais à craindre la menace de disparaître... »

 
 
 

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