Portraits des bâtisseurs

"Le Quartier chinois virtuel de Québec
Portraits des bâtisseurs

À LA MÉMOIRE DE
Soeur GERTRUDE LAFOREST

Afin de lui rendre hommage, nous publions intégralement ce texte qui a été remis au personnes présentes à l'occasion du service religieux de Sœur Gertrude Laforest. Des membres de la communauté chinoise de Québec avaient nolisé pour l'occasion un autobus afin d'être sur place pour de rendre un dernier hommage à cette femme qui a consacré pendant de nombreuses années ses énergies au bien-être des chinois de Québec et d'ailleurs en province.



À LA MÉMOIRE DE
Soeur GERTRUDE LAFOREST
(Marie-des-Oliviers)

NATIONALITÉ : Canadienne
NAISSANCE : 30 novembre 1916, Montréal
ENTRÉE : 08 août 1936
PREMIER ENGAGEMENT : 11 février 1939
ENGAGEMENT DÉFINITIF : 11 février 1942
DÉCÈS: 08 mai 2002, à 85 ans dont 67 de vie religieuse
INHUMATION : 11 mai 2002, cimetière M.I.C., Pont-Viau

Née à Montréal le 30 novembre 1916, la deuxième enfant de M. Thomas Laforest et de son épouse, Joséphine Guay, est baptisée quelques jours plus tard, le 3 décembre par M. l'abbé E. Lamarche, à l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus de Maisonneuve à Montréal. Elle reçoit les noms de Marie Joséphine Gertrude. L'enfant est choyée par ses bons parents de même que par son parrain et sa marraine. Ces derniers n'ayant pas d'enfant, ils la « gâtent » de jouets et de friandises chaque fois qu'ils la voient. À l'âge de quatre ans, sa maman étant malade, la marraine propose d'amener Gertrude avec elle en Abitibi pour deux mois, lesquels se prolongent à dix mois.

À l'âge de six ans, Gertrude commence à aller à l'école. Sa maman la prépare pour la première communion ainsi que pour la confirmation qu'elle reçoit des mains de Mgr Béliveau le 25 avril 1923. Quelques mois plus tard Gertrude quitte de nouveau Montréal et retourne demeurer à La Reine en Abitibi. Elle commence ses études chez les Sœurs de l'Assomption de la Sainte-Vierge, éducatrices compétentes. L'enfant reçoit compréhension et affection. Les deux mois de vacances d'été sont passés comme prévu à Montréal avec sa famille. Dès l'âge de sept ans, elle désire qu'un jour elle puisse être religieuse. Tous les ans, les Sœurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception passent dans sa paroisse pour la propagande du Précurseur. Sa marraine lui explique le travail qu'elles font dans les missions, spécialement en Chine. À compter de ce jour, elle se dit : quand je serai grande, je serai une sœur missionnaire de l'Immaculée-Conception...

« Aimez-Vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Jn 13

En 1932, ne pouvant pas finir ses études dans la paroisse où elle est actuellement, son parrain et sa marraine doivent accepter de la voir partir pensionnaire dans la paroisse voisine de La Sarre, chez les Sœurs de l'Assomption de la Sainte-Vierge. Petit à petit, la Supérieure connaît le grand désir de Gertrude d'être religieuse. Elle s'en occupe beaucoup et lui donne de sages conseils; toutefois, elle ignore dans quelle Congrégation le Seigneur l'appelle. L'année scolaire terminée, Gertrude remercie ses professeurs et la Supérieure si bonne à son égard. Elle se prépare à retourner chez ses parents à Montréal pour l'été. Au cours des vacances, elle décide d'aller faire une retraite fermée du 11 au 15 août au foyer Sainte-Claire d'Assise.

Elle est alors influencée par le directeur de la retraite qui lui conseille d'entrer chez les Franciscaines Missionnaires de Marie. Après avoir lu de la documentation sur cette Communauté, elle décide d'y entrer le plus tôt possible. Son parrain et sa marraine apprenant la nouvelle ne sont pas du tout d'accord. D'après eux, elle est trop jeune... Auparavant, elle doit enseigner quelques années ! Dans le but de gagner leur assentiment, Gertrude décide de se plier à leur exigence. Avec le temps, comme la tempête ne semble pas se « calmer », elle prend la décision de partir définitivement de chez son parrain et sa marraine et d'entrer chez les Missionnaires de l'Immaculée Conception de Montréal le 8 août suivant. Le départ de l'Abitibi est pénible pour chacun, mais elle demande au Seigneur de les aider et de les consoler.

« Seigneur, mon âme en Toi se confie. » Ps 56

Après avoir fait les démarches nécessaires, c'est le 8 août 1936 qu'elle se rend à Pont-Viau pour réaliser son rêve ! Sa période de formation commence; six mois de postulat et deux ans de noviciat. Elle émet ses vœux temporaires le 1l février 1939 et trois ans plus tard, ses vœux perpétuels.

Sa première nomination l'oriente vers Rimouski en 1939 où elle se dévoue aux services communautaires et ensuite à Sainte-Marie de Beauce jusqu'à 1948. Au mois d'août de cette même année, son rêve missionnaire se réalise, elle part pour la Chine ! C'est sur un ancien bateau de guerre qu'elle s'embarque et quitte le Canada vers l'Orient à destination de Shek Lung, une léproserie de plus de 700 patients où elle va exercer sa mission. Dès les débuts, elle sait gagner la confiance de ses malades, car ils sentent qu'elle les aime et qu'elle n'a pas peur d'eux. Gertrude nous dit : « Je me croyais au paradis! Ces malades sont si remplis du Seigneur qu'on oublie les traits déformés et les chairs éclatées ». À travers ce travail et celui de commissionnaire, elle apprenait le cantonais.

Peu de temps après son arrivée, elle doit faire face à des invasions de brigands qui en veulent aux religieuses. Elle doit passer son premier Noël cachée dans un grenier afin de protéger la vie d'une jeune fille menacée. Malgré le danger de la part des brigands, les Sœurs continuent de soigner leurs malades. Bientôt c'est la guerre civile avec l'arrivée des forces communistes. Le 3 juin 1952, les Sœurs sont expulsées...

Elles se réfugient chez les Missionnaires de l'Immaculée-Conception de Hong Kong. La mort dans l'âme, elles doivent quitter leurs chers malades en détresse. En même temps qu'elles, une vague de réfugiés fuit aussi à Hong Kong. Soeur Gertrude trouve le moyen de les aider, quand ils se présentent à la porte de notre école de Tak Sun. Elle enseigne aux petits, donne des cours privés, anime la liturgie le dimanche et s'occupe de la pastorale des sacrements. Apôtre infatigable, c'est après un séjour de quatre ans en Chine continentale et de neuf à Hong Kong qu'on lui conseille de revenir au Canada pour un an ou deux afin de se reposer. Nous sommes en 1961.

Après quelques mois de repos à la Maison-Mère, l'œuvre chinoise de Québec requiert ses services. Les nombreux arrivants chinois ont souvent besoin de ses services d'interprète et autres. En effet, ce service s'accroît et est de tous les jours, de toutes les heures et souvent même la nuit. Sa connaissance de la langue lui permet d'être appelée comme interprète, tantôt à l'hôpitaL pour rendre service à un malade qu'on ne comprenait pas, tantôt au Bureau d'Immigration pour défendre les droits des immigrants chinois nouvellement arrivés, ou encore au Bureau d'Éducation pour placer des enfants dans les écoles.

Dans certains bureaux elle est surnommée « la soeur tanante » tellement on sait combien elle aime ses amis chinois, pour qui, elle vient plaider la cause. Elle réalise qu'elle peut être plus utile ici qu'à Hong Kong. Elle commence le Centre M.I.C. à Québec pour l'enseignement du français aux Chinois, et aussi aux immigrants. Elle ne ménage rien pour rendre ses gens heureux. Ceux-ci ne sont pas indifférents à toutes ses attentions pour eux et pour leur famille. Aussi, ils savent témoigner leur reconnaissance de bien des manières aux fêtes et aux anniversaires. C'est ainsi qu'ils lui offrent un voyage en Chine et cela avec une compagne chinoise qui l'aide au Centre. Qui aurait dit qu'elle allait y demeurer pendant plus de trente-huit ans?

« Yahvé, éternel est ton Amour, ne cesse pas l'œuvre de tes mains. » Ps 138

Comme elle avance en âge, elle doit de nouveau sacrifier tous ses amis et amies et se retraiter à notre maison de Saint-Jean pour environ quatre mois. Puis, en dernière étape, c'est le Pavillon Délia-Tétreault qui la reçoit le 3 juillet 1999.

À compter de ce moment, elle expérimente la solitude. Elle apprécie beaucoup la visite de ses compagnes religieuses et des membres de sa famille. Toutefois, la visite de ses amis chinois est plus rare à cause de la distance qui les sépare et aussi de leur travail. Ce temps de transition achève la transformation de celle qui va effectuer la grande rencontre avec le Seigneur qu'elle a tant aimé !

Si on lui fait remarquer la générosité de sa vie mise au service de la communauté chinoise, elle nous répond : « Vous savez le Seigneur m'a comblée. J'ai rêvé d'être missionnaire et je l'ai été... Comment ne pas m'écrier : Tu es, Seigneur le lot de mon cœur. Tu es mon héritage, en Toi j'ai mis tout mon amour. Mon âme glorifie le Seigneur parce qu'il s'est servi de moi, une pauvre petite fille... Je n'ai jamais su lui dire autre chose que 'OUI' ! »

Elle ne s'est jamais ménagée pour rendre service. Elle a ainsi rendu visible le Royaume, en accueillant l'étranger pour lequel elle s'est dévouée. En la voyant, le Seigneur et Marie accueillent sûrement avec tendresse leur missionnaire de la Bonne Nouvelle. De même Mère Délia, qui a tant aimé les œuvres auprès du peuple chinois, a dû être près d'elle pour la recevoir et la serrer dans ses bras maternels lors de son dernier jour le 8 mai 2002 !

« Comment rendrai-je à Yahvé, Tout le bien qu'Il m'a fait! » Ps 116

Sr Jeannette Légaré, m.i.c.
Sr Thérèse LeBlanc, m.i.c.
Secrétariat général, 7 juin 2002.





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